FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 1/ 

En dĂ©but d'annĂ©e, je lisais The Guilty Feminist ("la fĂ©ministe coupable"), un livre tirĂ© d'un podcast du mĂȘme nom, oĂč des femmes fĂ©ministes discutent de leur vie, leur lutte, et ce qui les fait se sentir hypocrites dedans.
Et souvent, ce qui les fait se sentir hypocrites, c'est d'apprécier des choses faites "pour" les femmes : les produits de beauté, les émissions télévisées qui parlent de relooking ou d'amour...

La lecture de ce bouquin, outre son cÎté informatif sur les luttes féministes, m'avait un peu conforté dans le fait que : j'étais pas une femme. Parce que de toutes les femmes interviewées, je ne m'identifiais à aucune. Et je viens de mettre le doigt sur pourquoi.

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 2/ 

Toutes ces femmes ont en commun de quand mĂȘme, sur certains points, "coller" Ă  l'image de La Femme telle que vĂ©hiculĂ©e par les mĂ©dias et dĂ©sirĂ©e par la sociĂ©tĂ©. La Femme est hĂ©tĂ©ro, elle a des cheveux longs qu'elle coiffe, elle n'a pas de poils, elle se maquille et elle aime ça, elle porte des jolis vĂȘtements car elle aime la mode, elle a des enfants et un instinct maternel.

(Elle est aussi blanche, fine et valide, mais j'ai pas envie de couvrir ces points lĂ , qui tiennent moins du "comportement" et plusse de trucs sur lesquels on a peu de contrĂŽle).

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 3/ 

J'ai l'impression, toute ma vie, d'avoir entendu un discours fĂ©ministe qui disait "on peut ĂȘtre une femme et aimer les sciences", "on peut ĂȘtre une femme et ne pas vouloir d'enfants, on n'est alors pas moins une femme", "on peut ĂȘtre fĂ©ministe et aimer le maquillage". Et je me disais : oui, absolument, je suis d'accord avec vous, les femmes peuvent ĂȘtre qui elles veulent... Mais quand on coche vraiment absolument aucune "case" de la fĂ©minitĂ© ? Est-ce que c'est normal ? Est-ce qu'on est encore une femme ?

(Question compliquĂ©e, y'a plein de maniĂšre de dĂ©finir ce qu'est ĂȘtre une femme. On peut dire que malgrĂ© tout ça, j'Ă©tais quand mĂȘme une femme car je me mangeais quand mĂȘme du sexisme, mais je ne me "sentais" pas femme.)

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 4/ 

Le livre Guilty Feminist essaye de déculpabiliser les femmes d'aimer ce qui est désigné comme "féminin". Moi, dans mon adolescence, j'aurais eu besoin de déculpabiliser de ne rien aimer de féminin. J'aurais voulu qu'on me parle des féministes "moches", celles qui se maquillent pas, ne se rasent pas les poils et ont les cheveux courts. Et je comprends pourquoi ça ne s'est pas fait : il aurait fallu que j'aille les chercher, car la société et les médias préfÚrent mettre en avant les femmes qui luttent mais "s'autorisent à rester belles", au contraire des féministes "hystériques qui n'aiment personne".

Maintenant que j'ai compris et que j'arrive Ă  expliquer pourquoi je ne me suis jamais senti femme, et pourquoi le discours fĂ©ministe n'arrivait pas Ă  calmer ma gĂȘne, passons au point contradictoire qui me travaille depuis longtemps.

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 5/ 

Une pensée qui me poursuit depuis que j'ai décidé d'entamer une transition masculine, c'est : est-ce que c'est pas de la lùcheté ? J'ai préféré quitter la classe des femmes plutÎt que rester et me battre pour faire reconnaßtre ma version de la féminité. Est-ce que je ne prive pas "la cause" d'un apport différent mais aussi nécessaire ?

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 6/6 

C'est lĂ  que je suis content d'avoir lu Stone Butch Blues, que je ne veux surtout pas spoiler, mais qui m'a fait beaucoup de bien. Quand je l'ai commencĂ©, j'espĂ©rais trouver un personnage qui soit "exactement comme moi". Ce n'est pas le cas, et ce n'est pas trĂšs grave. J'en parle parce que ça m'a fait prendre conscience d'une chose : ma transition rĂ©pond Ă  des besoins, et ces besoins peuvent changer, et cette transition aussi. Actuellement, ne pas ĂȘtre perçu comme femme me fait du bien, et je me rĂ©concilie un peu avec l'image que j'ai de moi. C'est tout ce qui compte. Je peux toujours dĂ©cider d'ĂȘtre, ou de redevenir, une femme plus tard. Ce n'est pas dĂ©finitif.

Dans ce contexte, détransitionner ne voudrait pas dire que je regrette la premiÚre transition, mais que mes besoins ont évolué.

(Si ça se fait, j'appellerais sans doute pas ça une détransition d'ailleurs)

FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 7/6 

Je prĂ©cise au cas oĂč : tout ceci, c'est mon ressenti personnel et je ne veux rien dicter Ă  personne.
À la base je suis pas trĂšs Ă  l'aise de partager mes pensĂ©es, je le fais quand mĂȘme car ça me semble important, surtout pour les personnes qui pourraient se retrouver dans mes questionnements.
J'apprĂ©cie de pouvoir Ă©changer avec des gens et comparer nos expĂ©riences de vie, vous pouvez aussi me dire si y'a des trucs oĂč vous ĂȘtes pas d'accord, mais je demande que ça se fasse avec bienveillance. Ça m'intĂ©resse pas de me faire dĂ©foncer Ă  propos de mon propre ressenti. Et j'aurai aucune hĂ©sitation Ă  bloquer plutĂŽt qu'argumenter si ça se fait dans la mauvaise foi.

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FĂ©minisme et transition, mon rapport au genre 7/6 

@shad trÚs intéressant
ça vient nourrir mes réflexions sur le sujet
(faudrait que je prenne le temps de lire les essais dont tu parles)

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